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Faire Face - Mars 1997- Numéro 541
par Francis Seuret

Un Peintre en mouvement

“Rien n’est jamais figé. Ni les tableaux de Jean-Noël Libert, ce peintre passé maître dans l’art de figurer le mouvement, ni notre société, dont ce témoin entend dénoncer les travers.”

Jean-Noël Libert a trimballé ses pinceaux aux quatre coins du monde. Est-ce pour cela qu’il se plait à peindre le mouvement? Ses personnages ne sont jamais figés. Sur ses toiles, ils continuent à vivre. Les drapés vibrent, le sourire s’étire, la main glisse. Le peintre décompose l’image, persuadé que l’instant est insaisissable.

“Je ne suis pas l’homme des paysages ou des natures mortes, avance-t-il. Mes tableaux sont d’abord le fruit d’une rencontre, le souvenir de moments fugitifs.”

Mais pour JNL, la peinture est aussi un média à part entière. Un moyen d’information au même titre que la télévision ou la presse. Le peintre entend bien être le témoin de son temps. Il dénonce le danger d’uniformisation des cultures, le rouleau compresseur occidental qui aplatit les différences entre les civilisations, la banalisation de la machine et du béton.

“Notre société va trop vite. Nous ne prenons pas le temps d’écouter ce que les autres peuples ont à nous dire.” regrette ce citoyen du monde.

Ses tableaux sont marqués par la confrontation Nord/sud, le choc entre tradition et modernité...JNL raille également à sa manière la course au progrès. Une de ses toiles sur la corrida est ainsi défigurée par un long trait gris. “C’est un fil électrique des arènes de Nîmes, lance-t-il avec ironie. Les autres peintres l’auraient certainement fait disparaître. Mais moi j’ai préféré le laisser. Je montre tout ce que je vois.”

Et depuis cinquante an, JNL en a vu des choses. D’Innsbruck en Autriche où il est né en 1946, à Montpellier où il vit maintenant, le peintre n’a jamais cessé de voyager pour aller à la rencontre des autres. Après avoir fait les Beaux Arts de Rennes, il part à Cracovie (Pologne) puis il obtient un poste d’enseignant au Maroc. Il y restera dix ans. C’est l’époque des grands périples au Sahara, en Côte d’Ivoire, en Egypte ou encore au Mexique. C’est aussi le temps des gravures en noir et blanc. “Je recherchais la sobriété et la force des images monochromes.” explique-t-il. Mais suite à un accident de moto, JNL reste pendant deux mois avec un doigt immobilisé dans une atelle.Il se met alors aux pinceaux et découvre la couleur. Il ne la quittera plus.
Après un bref séjour en Algérie, il est muté en 1983 à La Réunion. Quatre ans plus tard, un accident de voiture le cloue dans un fauteuil. La peinture l’aidera à faire face, à dépasser le choc. Un an après l’accident, il retrouve l’envie de peindre...Sa peinture s’est faite plus impulsive, moins étudiée. “Je faisais toujours beaucoup de repérages avant de commencer une toile. Maintenant que je suis moins mobile, ce n’est plus possible. Mon travail a gagné en spontaneité.”...

...Du Maroc à Montpellier, en passant par l’Algérie et La Réunion, l’artiste a [aussi] passé sa vie à enseigner le dessin et à monter des projets avec ses élèves. Un de ses plus beaux paris : réaliser une fresque de 120 mètres de long en une seule journée pour célébrer l’anniversaire de la création de l’UNESCO. Deux mille pochoirs plus tard, le pari était tenu. A la Réunion, le mur-pain de Saint-Paul est encore là pour en témoigner. “On peut dire que c’est moi qui ai introduit le tag sur l’île.” lâche le peintre dans un large sourire.

Alors ce n’est pas après toutes ces années qu’il va renoncer à transmettre sa passion. JNL a en projet de monter des ateliers pour faire découvrir la peinture à de jeunes handicapés. Tout reste à faire, trouver une salle, du matériel, mais l’important , c’est de lancer le mouvement.

Diplômes et récompenses :

- 1969 - Diplôme National des Beaux-Arts de Rennes
- 1970 - Prix Deglane de l’Académie d’Architecture, Paris
- 1976 - Lauréat de la IVe Biennale de Saint-Brieuc
- 1978 - Membre du Jury de la Ve Biennale de Saint-Brieuc
- 1979 - Sélectionné à l’Exposition rétrospective
“Cinq ans de gravure, 1973-1978”, Bibliothèque Nationale de Paris
- 1984 - Sélectionné à la XXe Biennale Internationale de Gravure de Cracovie (Pologne)

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